Les peuples autochtones, gardiens de notre nature

En se dressant contre les puissants de ce monde, les peuples autochtones semblent nous montrer la voie d’une société enfin respectueuse de son environnement. Mais le combat des natifs va bien au-delà de l’engagement écologique. Ces Indiens d’Amérique ou d’Amazonie, ces chamans d’Asie ou ces tribus africaines ont en effet tissé avec la nature un lien sacré, spirituel, qui les enracine en même temps qu’il les élève. Un exemple inspirant pour nombre d’Occidentaux en quête de sens.

Les peuples autochtones et le combat écologique

Un tribu africaine veillant sur son environnement

Les peuples autochtones sont les premiers à avoir pris fait et cause pour la nature contre les intérêts humains financiers. Aujourd’hui, ils peinent encore à être reconnus.

Ils sont quelques centaines de milliers, répartis à travers tout le globe, à défendre ces terres sauvages. Selon le rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) publié en mai 2019, ces peuples autochtones protègent « un quart des terres de la planète », et 80 % de la biodiversité planétaire. Selon Eduardo Brondizio, l’un des trois auteurs de ce rapport, « c’est là qu’on trouve la nature la mieux protégée ».

Ce rôle indispensable des peuples natifs sur leurs terres historiques, les gouvernements commencent tout juste à le reconnaître. La création de réserves naturelles a en effet entraîné, par le passé, l’expulsion de peuples autochtones amérindiens, africains, amazoniens qui, coupés de leurs racines, ont alors entamé leur déclin.

Les orientations internationales semblent heureusement avoir changé. « Le rapport prouve aux décideurs que les peuples autochtones sont ceux qui protègent, conservent, et encouragent une gestion durable de la biodiversité. » Précise Lakpa Nuri Sherpa, membre de l’organisation Asian Indigenous People Pact.

Le sacerdoce des peuples indigènes ne s’explique pas uniquement par le lien historique à leur territoire. Il y a aussi la relation intime et sacrée que les autochtones entretiennent avec leur environnement naturel. Qui explique peut-être la force de la résilience de ces peuples sans cesse en lutte contre l’exploitation intensive des ressources naturelles.

L’homme dans la nature, la nature dans l’homme

Un chamane se repose devant un paysage de montagne

Profondément liés à la nature, les peuples racines entretiennent une relation culturelle, historique, philosophique et même organique avec elle.

Depuis le début de l’exploitation effrénée de la nature par l’homme, les peuples autochtones ont pris le flambeau de la lutte contre la destruction de l’environnement. Un combat à recommencer sans cesse, au fil des revirements politico-financiers de l’homme blanc, les victoires des natifs succédant aux triomphes des orpailleurs, des exploitants miniers ou des promoteurs. Défendus, en sous-main, par des hommes d’affaires et des politiques.

Mais ce rapport intime de l’homme à la nature, cette intuition persistante qu’en tant qu’être vivant, l’homme fait partie d’un tout, est une autre facette du combat des peuples autochtones, mêlant écologie, animalisme, science et sacré. Comme nous le rappelons dans notre entretien avec Jocelin Morrison, rédacteur en chef de la revue Natives, des peuples et des racines : « Les peuples autochtones portent toujours cette vision globale où tout est vivant et où l’équilibre nécessaire à la vie repose sur l’interdépendance de toute chose. »

La revue porte notamment un message d’humilité et de paix : l’homme, ce mammifère, ne trône pas au sommet de la nature mais n’en est qu’un maillon. Essentiel, au même titre que toutes les autres espèces vivantes. Un message défendu par tous les porte-paroles des peuples natifs, qui tirent leur force physique, mentale et spirituelle de leurs liens avec la nature. Et dont il est urgent de s’inspirer pour corriger le dangereux déséquilibre instauré par nos sociétés modernes, où la fièvre de posséder justifie toutes les exactions.

Davi Kopenawa, chef chaman écologiste et humaniste, porte-parole international de la communauté d’Amérindiens Yanomami, résume ainsi la pensée intuitive des autochtones : « L’environnement n’est pas distinct de l’homme. Nous sommes en lui et il est en nous. »

Tous vivants, tous connectés

Un chaman face au spectacle de la nature

Profondément connecté à son environnement, le peuple autochtone se place au coeur, et non au sommet du vivant.

Dans sa conférence « Nous sommes tous reliés », Maurice Rebeix commence par rappeler le savoir ancestral de ces peuples premiers, ou peuples racines, issu notamment d’une compréhension animiste du vivant. C’est cette vision qui amène les peuples autochtones à considérer tous les êtres vivants comme les membres d’une seule et même famille… tous liés entre eux.

Les enseignements des peuples premiers nous ramènent tous vers cette terre nourricière, décrite comme une mère dont nous sommes les enfants. Un message fort pour les générations présentes et futures, à la recherche d’un sens à donner à leur présence dans notre monde. Ainsi le rappelle Jocelin Morrison : il s’agit d’enrichir notre pensée et non d’idéaliser les modes de vie de ces peuples racines. La revue Natives cherche ainsi à ouvrir le dialogue entre les peuples, donner une voix aux représentants des autochtones, faire avancer le débat sur les liens à créer entre sciences, para-sciences, philosophie et intuition du sacré… et nous aider à comprendre d’où nous venons.

Le 1er numéro de la revue Natives, des peuples, des racines, est disponible depuis le 21 juin 2020, uniquement sur abonnement.